JE SUIS :

Nom : Delphy. Prénom : Francis. Né le 3 août 1941 à New York, USA. Formation de mécanicien sur bateaux à bord du « Seagull » de 1957 à 1960. Engagement  dans l’US Navy en 1962.

Père : Daniel Delphy, fonctionnaire postal. Mère : Marguerite Renard, vendeuse en chaussures. Mariés en 1936. Frère : Gerald, né en 1937, psychiatre, marié à Emma Carr, deux enfants.

 

 

 

 

 

 

Delphy 01

Janvier 1978, premier carnet :

Journal personnel de Francis Delphy, chef Quartier-Maître à bord du SSN « Poséidon » : Je travaille à bord de ce sous-marin depuis six ans. Je suis resté sous-officier par choix. J’ai volontairement refusé de monter en grade. Suivre une école d’officier ne m’intéressait pas. Je suis un homme résolument de terrain.

Le Poséidon, conçu par l’amiral Herman Grant, est le sous-marin nucléaire le plus puissant et le plus performant, connu au monde à ce jour. J’ai rencontré l’amiral alors que j’étais encore sous contrat avec l’US Navy, au Viêt-Nam. Durant cette guerre, Grant a aussi sympathisé avec Edmond Garden, jeune officier efficace et prometteur. Il le pressentait déjà comme le capitaine idéal de son futur sous-marin.

Pour ma part, je fus chargé du recrutement de son équipage. J’ai procédé aux entretiens des candidats, sauf celui du commandant en second Joseph Travis et ceux d’une dizaine d’officiers. L’amiral a validé la majorité de mes choix. Déjà à cette époque, notre entente était basée sur la confiance, le respect mutuel  et nos compétences professionnelles. Et malgré notre écart dans la hiérarchie, une solide amitié s’est construite entre nous.

L’équipage du Poséidon applique un règlement militaire, basé sur celui de la Navy.

Notre sous-marin est basé à l’Institut de Recherches Sous-marines, fondé par l’amiral Grant. Il est situé sur la côte ouest des Etats-Unis. La neutralité de cette fondation privée nous a aussi permis de résoudre des problèmes à l’échelle mondiale. Nous collaborons essentiellement avec l’armée américaine, mais également avec différentes communautés scientifiques.

Etant souvent absent en mer durant de longues périodes, j’ai dû mettre entre parenthèses toute intention de vivre une relation stable ou de fonder une famille. Ce qui a été largement compensé par un carnet d’adresses riche d’amies indépendantes et disponibles, souvent prêtes à partager mon lit. La majorité de mes meilleurs copains fait partie de l’équipage du Poséidon. Leur présence augmente d’autant mon plaisir et ma fierté de travailler à son bord.

 

 

 

Delphy 02

Avril 1978, troisième carnet :

Depuis mon voyage dans la « Zone Hadès », il m’arrive de temps en temps de converser avec des « Ames ». Elles m’expliquent que le rêve fait partie de mon évolution : combattre ma réticence à vivre des situations trop riches en émotions. J’en déduis qu’il est inutile de vouloir échapper à son destin. Si je refuse le chemin qui m’est tracé, j’en subis les conséquences. Et c’est très pénible, croyez-moi ! Si, par contre, je suis réceptif, ce que je vis tourne à mon avantage. Seulement voilà, l’homme est fait de contradictions. Je veux garder le contrôle sur tout. Pour mon job, c’est bien. Mais pour mon être spirituel, je devrais me laisser guider ! Par mon intuition d’abord, mais aussi en écoutant et en observant les autres…

J’ai découvert que je peux comprendre les pensées des gens. Mais ce n’est pas toujours bon de le savoir. A moi d’utiliser ce don avec respect. Car si je l’utilise sans discernement, j’en prendrai plein la gueule ! Et probablement pas que moi. Il y a toujours un côté sombre…

 

 

 

 

Delphy 04

11 août 1978, dixième carnet : Je ne sais pas pourquoi j’écris autant. Tout ceci est vraiment très intime… En même temps, écrire me fait du bien. Pourtant, ce n’est pas très naturel pour moi. Dans la marine, on n’apprend pas à former de belles phrases, tout au plus à rédiger des rapports. Et ceux-ci n’ont rien avoir avec la littérature!

Si quelqu’un tombait un jour sur ces carnets, ce serait une catastrophe. D’autant plus, que je suis d’un naturel plutôt réservé quand il s’agit de ma vie privée. Je tiens à garder secrets mes moments les plus intimes, les plus douloureux, les plus heureux, les plus honteux… Bon sang de seiche ! Je devrais tout arrêter maintenant et tout brûler!

Mais je continue…

 

 

 

 

 

Delphy 09

Septembre 1978, douzième carnet :

Depuis quelques mois, ma vie privée s’est enrichie. J’ai accueilli dans ma maison le biologiste Wally Baumann,  puis ma fille Jenny, dont l’existence m’a été cachée jusqu’à ses douze ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

Famille Wally4

WALLY BAUMANN, première impression: L’assistant du professeur Balbo-Fischer vient de descendre dans la salle des commandes. Trente ans à peine, habillé avec discrétion, lunettes rondes à monture bleue, je le trouve quelconque. L’allure typique du scientifique perdu dans ses pensées, peu adepte de la communication… Biologiste comme son patron, il a conçu avec Balbo un traducteur de langage « dauphin-humain ».

CONFIDENCES DE WALLY: « J’apprécie la camaraderie qu’il y a entre les hommes d’équipage. Et je suis très reconnaissant de la partager avec vous tous. Je n’ai pas beaucoup d’amis. Sur lesquels je peux vraiment compter, je veux dire…  J’ai été très absorbé par mes études, puis par ce projet avec le Professeur Balbo. Je réalise aujourd’hui, que j’ai besoin d’avoir confiance en quelqu’un. Pour lui parler librement, partager mes passions, mes loisirs. Je n’ai pas envie de rester seul indéfiniment et de ne vivre que pour mon boulot. »

MA VERSION DE L’AMOUR: L’amour ne s’explique pas. C’est comme un virus. Il te chope par surprise quand tu es le plus vulnérable. Sauf que lui, au lieu de t’affaiblir ou te tuer, il t’enrichit et te donne une force extraordinaire.

 

 

 

 

Famille Jenny4

PREMIER CONTACT AVEC JENNY: Je viens d’accueillir Daisy, son mari et sa fille à bord du Poséidon, suite au naufrage de leur yacht. Je n’avais pas revu ma belle mercière depuis treize ans. Elle espérait alors que je renonce à mon engagement militaire pour vivre avec elle. Mais je n’y pensais alors même pas. Ni au danger qui m’attendait au Viêt-Nam, ni à l’être minuscule qui grandissait dans son ventre. Elle a refusé d’utiliser sa grossesse récente pour me retenir à terre.  Et voilà, à peine retrouvés, nous nous disputons comme un vieux couple au bord du divorce ! Quel tableau pour cette enfant, encore fragilisée par les événements de ce matin…

La petite sanglote, le visage caché dans les bras de sa mère. Une fille de douze ans, qui porte mes gênes ! Ses cheveux châtains foncés n’ont rien avoir avec le blond cendré naturel de ceux de sa mère. Sa silhouette fine ne correspond pas avec ma stature, bien que sous mon apparence plutôt enveloppée je n’ai pas de gros os non plus. Le teint de sa peau, claire avec quelques taches de rousseur, me rappelle la mienne aussi.