Le Poseidon

LE POSEIDON:

Le Poséidon ne ressemble pas aux autres sous-marins. Sa coque cylindrique, surmontée d’un kiosque imposant lui assure une grande résistance à des profondeurs vertigineuses. De l’extérieur, on le reconnaît entre tous. Car deux grandes vitres blindées, soutenues chacune en leur milieu par un renfort épais, nous permettent de voir la mer en direct depuis la salle des commandes. En dessous, toujours à l’avant, un projecteur directionnel d’une grande puissance lumineuse éclaire les fonds marins. Le concepteur de notre bâtiment unique ne s’est pas contenté d’avoir créé ce poste de vigie. Complété par trois caméras, couplées chacune à un projecteur aussi puissant que celui de l’avant, nous pouvons VOIR tout autour de nous, même en infrarouge. Bien sûr, cet avantage ne remplace pas notre sonar et notre hydrophone.

La cantine du Poséidon peut accueillir au maximum trente personnes, en se serrant bien. Soit un quart de notre équipage. Les heures de repas, comme les heures de pause, sont prévues en fonction de nos quarts, soit quatre tranches de six heures par vingt quatre heures. Nos heures de libre sont aussi importantes pour notre repos. Nous partageons notre bannette avec un collègue. Certains jeunes matelots, partagent même la leur avec deux autres nouveaux arrivants. Organiser les horaires de chacun est parfois un exercice très  compliqué.

Durant les alertes, nous prenons tous un poste de combat défini. Le sous-marin devient alors une fourmilière où seule notre survie commune compte.

Vous décrire la vie de sous-marinier m’est difficile, car ce qui me paraît banal ne le sera peut-être pas pour vous. Je préfère la vision de ma fille, dont l’exposé préparé pour sa classe est très fidèle.

LE POSEIDON VU PAR JENNY :

Imaginez un grand tube métallique de la grandeur d’une baleine. Long de cent trente mètres et haut comme un immeuble de trois étages. Dessus, se dresse une tour métallique appelée kiosque. Sur les côtés de cette tour, les deux barres de plongée horizontales ressemblent à de courtes ailes d’avion. Sur la partie arrière du pont, deux rangées de quatre portes rondes cachent les sorties des missiles verticaux. Des torpilles peuvent être tirées horizontalement, mais par d’autres tubes. Sur l’avant, des vitres blindées permettent de voir la mer en direct depuis la salle des commandes. Des écrans métalliques coulissants les protègent en cas de collision. En dessous, un projecteur mobile éclaire nos environs immédiats. A l’arrière, deux puissants moteurs actionnent d’immenses hélices.

A l’intérieur, chaque espace compte. Une centaine de personnes y vivent. Ça bourdonne comme dans une ruche. On entend en permanence un concert ininterrompu de « bip », de « ping », de « tut », d’ordres qui se lancent, d’infos qui se murmurent, des codes qui s’échangent que seuls les marins comprennent. Il y fait assez chaud, grâce à l’énergie nucléaire. Sans elle, pas de propulsion, pas de lumière, ni fonctionnement d’aucun appareil… et Dieu sait qu’il y en a ! Ce sous-marin est une ville miniature, qui en plus, se déplace, se défend, recycle son air respirable et son eau potable. Il y a tout ce qu’il faut pour y vivre des semaines sans avoir besoin de remonter à la surface. L’équipage s’applique à le rendre accueillant et fonctionnel. Ils ont tous le sens du respect et de la solidarité. Ils se connaissent, se supportent, et collaborent afin que tout se passe bien. Même quand il est attaqué par un ennemi incontrôlable, qui vient de provoquer une catastrophe…

Mon père m’a emmenée dans les couloirs étroits du sous-marin, et m’a ouvert des lieux où seule je n’aurais jamais pu aller. Il m’a montré les pièces les plus importantes. D’abord la chambre des circuits électriques et électroniques, le cerveau du sous-marin. Puis celle du réacteur, le cœur du Poséidon, qui lui dispense son énergie vitale.

Le long des coursives se trouvent les canaux de ventilation. Ils parcourent tout le Poséidon. L’épurateur d’air correspond au poumon de notre sous-marin. Ici, une machine filtre l’eau de mer pour notre consommation et la transforme en eau douce. Une autre la décompose pour en extraire l’oxygène, afin de nous distribuer un air respirable. Tout est prévu pour que nous puissions rester des semaines en plongée, sans ravitaillement extérieur.

La salle des commandes est équipée d’une technologie de pointe : tableaux électroniques, écrans, indicateurs et voyants en tous genres… Radio et postes de pilotage occupent une dizaine de sous-mariniers, dirigés par deux officiers. L’hydrophone amplifie les sons des fonds marins. Le sonar, tel celui des cétacés, renvoie l’écho d’une masse même petite qui se présente dans notre trajectoire. Le périscope, le poste de vigie et les nombreuses caméras extérieures nous donnent un aperçu visuel, tout autour du Poséidon. Nous pouvons aussi communiquer par satellite en restant invisible, grâce à une antenne liée par un câble, envoyée à la surface.